Une volonté de fer

Pratiquer l’un des plus beaux métiers de ce monde comporte sa part de risques. Les guides en tourisme d’aventure peuvent s’exposer à de nombreux risques liés à leur métier, selon la branche dans laquelle ces derniers exercent leur métier. En effet, des risques liés aux avalanches, en passant par les chances de se perdre en nature, de se noyer dans une rivière ou de tomber dans des crevasses, les dangers sont nombreux et se présentent chaque fois qu’ils partent en expédition. De plus, un autre défi de taille se présente devant les aspirants guides d’aventure: réussir à vivre de ce métier à temps plein. Décrocher le premier emploi à temps plein est, très souvent, le premier défi auquel s’expose les aspirants guides.

La multitude d’offres d’emploi à temps partiel par les compagnies de tourisme d’aventure en décourage plus d’un. De plus, la quasi-totalité des emplois sont contractuels, et donc à durée limitée, obligeant beaucoup de guides à être constamment en recherche d’emploi.

Passion et persévérance

Serge Minguy, guide en tourisme d’aventure depuis maintenant plusieurs années, est bien au courant des difficultés que vivent les aspirants guides d’aventure lorsque ceux-ci se lancent dans le milieu. Lui-aussi a dû, comme plusieurs, persévérer et insister auprès de plusieurs compagnies, pendant plusieurs années, afin qu’on lui fasse assez confiance pour lui confier un poste de guide à temps plein. « Cela prend quelques contrats différents afin d’avoir accumuler assez d’expérience afin de bien plaire aux compagnies de tourisme d’aventure. De plus, les contrats étant souvent saisonnier, il faut réussir à maîtriser plus d’une discipline afin de pouvoir vivre de notre métier à l’année longue. » nous explique Serge Minguy.

Le guide québécois a été forcé de conserver un second emploi à temps partiel lorsqu’il a commencé à œuvrer dans le domaine du tourisme d’aventure. Même s’il possédait une Accréditation d’Études Collégiales (A.E.C.) en tourisme d’aventure, Serge Minguy n’accumulait pas assez d’heures, et durant assez longtemps, pour se permettre de quitter son emploi d’assistant-gérant d’un petit magasin de sports. « J’étais passionné, c’est ce qui m’a permis de ne pas perdre espoir malgré les maigres salaires et le peu d’heures que j’obtenais au début. Je voulais réussir, et j’ai dû faire preuve d’une volonté de fer afin de percer ce milieu. » raconte Serge Minguy.

Manque de ressources

Un autre facteur expliquant la difficulté des aspirants guides d’aventure à réussir à vivre à temps plein de leur passion est le manque de ressources leur étant offert en début de carrière, avant même qu’ils aient commencé à exercer leur profession. Selon Serge Minguy, peu d’informations claires leur est disponible afin de connaître le parcours à suivre le plus adapté à leurs ambitions professionnelles. En effet, il est vrai que les conseillers en orientation ont souvent bien peu d’informations en la matière, le tourisme d’aventure étant encore un milieu de travail «marginalisé».

Serge Minguy explique que la très forte majorité des informations disponibles proviennent des écoles elles-mêmes. Malheureusement, ces dernières tentent, pour la plupart, d’attirer de nouveaux élèves à l’intérieur de leurs bâtiments plus que leur donner les informations exactes répondant à leurs questionnements. Cela cause, toujours selon Serge Minguy, des déceptions ou des regrets, chez certains. Il soutient que le milieu nécessite plus d’experts en mesure de guider les jeunes aspirants guides, comme il le fait depuis déjà plus de trois ans.

Un guide hors du commun

Serge Minguy est guide touristique et, comme tous les guides, mène chaque jour des touristes afin de visiter des endroits incroyables lors de leurs vacances. Toutefois, ce dernier est loin d’être un guide comme les autres. Loin de l’idée classique du guide touristique décrivant les divers attraits d’une ville à l’intérieur d’un autobus, Serge Minguy guide les participants prenant part à ses excursions au sommet des plus hautes montagnes de ce monde, au fin fond des forêts les plus denses jamais découvertes ou au travers de rivières déchaînées où s’enchaînent rapides et cascades.

Sillonnant le globe depuis plus d’une quinzaine d’années afin de mener des expéditions touristiques le conduisant jusqu’aux endroits les plus reculés du globe, Serge Minguy passe d’une aventure à la suivante espérant faire vivre à tous ces passionnés les expériences les plus intenses qu’ils aient vécus.

Sensations fortes au rendez-vous

De la Norvège au Japon, en passant par le Kenya et le Brésil, Serge Minguy se promène à travers le monde afin de réaliser ses expéditions. La majorité du temps, il mène ses participants au sommet de hautes montagnes, comme le Kilimandjaro, le mont Fuji ou le Mont Blanc. Il est monté régulièrement au sommet de massifs dans les Andes, les Alpes et les Rocheuses. Pour lui, il n’y a rien de plus incroyable comme sensation que de finalement atteindre le haut d’une montagne. «Le sentiment que l’on ressent lorsque nos efforts sont enfin récompensés, par la plus belle vue qui puisse nous être offerte, après tant de travail et d’acharnement, c’est absolument indescriptible. » raconte-t-il.

En plus d’être parmi les plus impressionnantes, les expéditions en montagnes se révèlent être aussi parmi les plus dangereuses. Les multiples risques qui se présentent à ceux tentant la montée d’un sommet sont parfois difficiles à déceler et peuvent se résulter être fatals . En effet, chaque année plusieurs centaines de personnes sont portées disparues ou perdent la vie en pratiquant une activité sportive dans un sommet montagneux. Ces risques sont tellement nombreux qu’une préparation impeccable est indispensable pour chaque ascension et Serge Minguy ne déroge pas à cette règle. Le manque d’oxygène, les chutes, l’hypothermie et les avalanches ne sont que quelques exemples de tout ce que risque un alpiniste ou un aventurier en montagne.

Une préparation monstre

La règle d’or de Serge Minguy: ne jamais s’aventurer dans une montagne où l’on a jamais eu connaissance de toutes ses particularités afin d’être en mesure de savoir comment entreprendre son expédition. Selon lui, si l’on enfreint cette règle, nos chances de retrouver le bas de la montagne à la fin de l’aventure diminuent de façon drastique: «Il ne s’agit pas seulement de savoir comment grimper une montagne, mais surtout de savoir comment grimper celle s’apprêtant à être escaladée. Il faut connaître les risques qu’elle engendre et les particularités qui la différencie des autres. De plus, il faut être aussi bien préparé physiquement que mentalement afin d’assurer la sécurité de tout le groupe. L’ascension d’une montagne n’est pas nécessairement pour tous.» ajoute Serge Minguy.

Il faut effectivement, en plus d’avoir les connaissances du terrain requises, la capacité physique de surmonter un tel effort sur le corps. En effet, non seulement l’ascension d’une montagne représente une activité physique extrêmement rigoureuse et exigeante, il faut aussi savoir considérer la perte d’oxygène au fur et à mesure que la montée s’exercera. Plus on monte haut en montagne, plus il nous est difficile de respirer. En altitude, la quantité d’oxygène présente dans l’air diminue peu à peu et rend chaque effort physique de plus en plus dur. Selon Serge Minguy, c’est l’un des aspects les plus sous-estimés par les grimpeurs. À son avis, c’est l’une des erreurs les plus fréquentes commises dans la préparation en vue d’une montée.

D’innombrables paysages différents

Ayant comme tâche de mener toutes sortes d’expéditions dans des lieux reculés, Serge Minguy se déplace donc continuellement à travers le globe. Cela le permet de visiter plusieurs lieux différents, qu’il n’aurait peut-être jamais eu la chance d’explorer autrement, ainsi que de découvrir de nombreuses cultures différentes. En moyenne, il dit visiter jusqu’à une vingtaine de lieux différents par année, répandus dans près d’une dizaine de pays. Jusqu’à maintenant, Serge Minguy s’est promené dans un peu plus de cinquante pays différents, et ne prévoit pas s’arrêter là. Le seul continent sur lequel il n’a pas encore mis les pieds: l’Antarctique!

Grâce à son métier, Serge Minguy découvre donc des paysages partout à travers le monde, mais rencontre aussi des gens provenant de plusieurs origines différentes. Selon lui, c’est le côté le plus formateur de son travail: «Chaque jour, à travers les participants me suivant dans mes expéditions ou parmi les gens que je rencontre sur mon périple, j’en apprend bien plus sur le monde qui m’entoure que jamais je ne pourrais en apprendre en feuilletant des bouquins! C’est un développement continuel, qui te force à te placer hors de ta zone de confort constamment. J’adore ça!».

Beaucoup de motivation

Après toutes ces années à mener des expéditions à travers la planète, Serge Minguy se souvient que ses débuts dans le métier n’ont pas été faciles. En effet, il lui aura fallu près de cinq ans à travailler dans le milieu avant d’être capable d’en vivre à temps complet. Le travail saisonnier et souvent contractuel des guides touristiques, particulièrement ceux oeuvrant dans le tourisme d’aventure, augmente la difficulté de vivre de ce métier à temps plein pour les guides avec peu d’expérience.

Malheureusement, en début de carrière, beaucoup doivent composer avec des contrats peu fréquents ou peu payants, et bien souvent très éloigné de leur lieu de résidence. Ceux-ci finissent donc par se trouver une autre occupation afin de passer au travers des périodes plus creuses. Toutefois, bien souvent, cela les amènera à abandonner l’idée de travailler à temps plein dans l’industrie du tourisme d’aventure.

La seule façon de persévérer, selon Serge Minguy, est d’être passionné. Il a usé de beaucoup de motivation et de persévérance afin de ne jamais baisser les bras et de toujours espérer être, lui aussi, un guide d’aventure à part entière. Dans son cas, les efforts ont porté fruits.